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du 16 au 22 décembre 1918

 

Lundi 16 décembre 1918

Encore pluie, brouillard. Boue infecte dans les rues. Pierre ne nous écrit plus et c'est désolant car on ne sait que croire. D'après le décret de démobilisation, il va rentrer au commencement de février. Les deux opérés de vendredi vont mieux, à ma grande surprise. Il a plu à verse tout l'après-midi.

Mardi 17 décembre 1918

Le temps se met au froid. Le vent tourne à l'ouest. La pauvre Ferrié est affolée. Il y a un compte rendu de l'entrée du général Fayolle à Mayence. C'est tout à fait différent des entrées triomphales dans les villes de Lorraine et d'Alsace, mais c'est fort intéressant. Et puis, on est là chez les Boches en plein et on leur parle de haut, ferme et dur, et ça fait infiniment de plaisir.

Mercredi 18 décembre 1918

Je suis allé aujourd'hui à Capdeville. Il ne pleuvait pas mais la route était molle et boueuse. Et, pendant que nous rampons dans cette triste vase, la chaleur des enthousiasmes réchauffe les âmes dans les villes lorraines et alsaciennes reconquises. Les beaux discours enflammés se succèdent. J'ai une vague impression de cela grâce au cinéma, mais il me manque l'odeur, le bruit, les cris, la lumière, l'atmosphère. Ce spectacle au cinéma est un peu pâle et vague et lointain. Je suis allé dans les bois avec le Franciman pour une vente de châtaigneraie. La pluie faisait les troncs des châtaigniers luisants et le ciel infiniment bas et triste avait l'air de tomber sur les bois. Je suis parti pour Montauban avec une pluie pénétrante et continue.

Jeudi 19 décembre 1918

Ce matin, grand émoi au 8. On a reçu l'ordre de la Direction d'avoir à fermer l'hôpital le 25 décembre. Ces dames sont affolées. Elles voltigent dans les couloirs et les escaliers avec des mines désolées. Melle de Golleville nous a fait de violentes professions de foi. Elle a protesté avec violence et prolixité contre cette mesure de fermeture et, au moment où elle arrivait à la période la plus pathétique de son éloquence, ordre est arrivé de la Direction de surseoir à cette mesure. Elle s'est arrêtée un moment interdite, le visage illuminé par le sourire de la victoire, puis a continué pour la forme et parce qu'elle était lancée, à protester de nouveau.

Vendredi 20 décembre 1918

Il pleut plus que jamais. Aujourd'hui ce sont des giboulées continuelles. Depuis déjà 18 jours, nous n'avons pas de nouvelles de Pierre. Je commence à être inquiet. Si, d'ici dimanche, il n'y a rien, je prendrai des mesures pour savoir ce qu'il peut y avoir. Voici la saison de Capdeville terminée jusqu'au printemps prochain où nous allons retrouver un Capdeville de paix, un Capdeville avec du pétrole, des denrées, du tabac et de l'automobile. Il semblera au bout de quelques mois d'équilibre que ce long d'espace de guerre n'a pu être qu'un cauchemar ne correspondant à aucune réalité. Nous avons passé l'après-midi dans la salle à manger près du feu pendant que les giboulées frappent les carreaux des fenêtres.

Samedi 21 décembre 1918

Toujours, il pleut.

Dimanche 22 décembre 1918

Temps nauséabond, humide, pluvieux. Mauvaise et triste soirée.

Journal Henri Pouvillon

 

 

tout le Journal d'Henri Pouvillon du 1er novembre au 31 décembre 1918

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