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du 2 au 8 décembre 1918

 

Lundi 2 décembre 1918

Très belle journée froide et claire et une peu brumeuse aussi. Les journaux retentissent des cris d'enthousiasme des populations d'Alsace à l'entrée de nos troupes et de nos maréchaux dans les vieilles villes du Rhin. Mais il faudrait un conteur épique pour chanter cette épopée et non les médiocres récits des journaux.

Mardi 3 décembre 1918

Beau temps. L'hôpital est agité, va-t-on le fermer ou le laisser ouvert ? Solleville, Ferrié et les vieilles infirmières lèvent l'étendard de la révolte pour le maintien de l'hôpital jusqu'à la fin des siècles. Pour moi, cette question m'intéresse peu.

Mercredi 4 décembre 1918

Cet après-midi exquis, j'ai été me promener au canal. J'ai dit adieu pour cette année à ces rivages aimés où j'ai passé cet été tant d'heures de pêche et de rêve. L'eau s'étendait noire comme glacée, et le soleil, et le crépuscule rouge brillait sur l'eau immobile. Les marronniers et les ormeaux dont je me rappelais la douce ombre d'été, tendaient vers le ciel froid et pur leurs branches noires éplorées.

Jeudi 5 décembre 1918

Journée de brouillard intense. Après quelques instants passés au 8 où j'ai eu à subir des théories qui m'indiffèrent sur la fermeture ou la non-fermeture de l'hôpital, je suis parti pour Capdeville. Le brouillard était fort dense et la campagne silencieuse.

Vendredi 6 décembre 1918

Je suis parti de bonne heure pour Montauban. Le temps a changé : ciel rouge de vent du sud. Le pauvre Alibert est excédé par cet hôpital. On ne parle pas du tout encore de démobilisation. D'ailleurs, les Boches ne se pressent pas et on doit se méfier de ces tristes oiseaux.

Samedi 7 décembre 1918

Journée sombre et pas très froide.

Dimanche 8 décembre 1918

Encore une sale journée. Les journaux ne m'intéressent plus, ces parfums de joie, d'exaltation sur le passage des rois victorieux sont, pour ma triste solitude, comme les fumets d'une cuisine délicieuse pour un estomac malade. Et ces beaux enthousiasmes des anciennes provinces reconquises, toutes ces larmes de joie, ces espoirs réalisés, ces rêves patriotiques transformés en la plus lumineuse des réalités. Ces cris, ces fleurs, ces chants, ces hymnes, les jolies théories des Lorraines avec leur si délicieux bonnets du XVIIIème siècle. Tout cela me fait l'effet d'un événement qui s'est passé il y a bien longtemps et que je n'ai pu voir et que je regrette de ne pas avoir vu. C'est une page d'histoire héroïque qui me paraît s'être passée il y a un siècle.

 

                                                                                                                journal Henri Pouvillon

tout le Journal d'Henri Pouvillon du 1er novembre au 31 décembre 1918

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