Lundi 23 décembre 1918Pluie et vent d'ouest féroce. Le comité s'est réuni samedi au 8 et on a décidé que l'hôpital fermerait le 15 janvier. Cela me laisse dans une complète indifférence. Cet hôpital n'existe plus pour moi qu'à l'état de souvenir et encore pas des souvenirs extrêmement attachants. Mardi 24 décembre 1918Toujours et encore davantage la pluie persiste, transformant les rues en marécage et le ciel en un éternel et livide crépuscule. Triste veillée de Noël. Messe de minuit à la cathédrale. Messe de Gounod, horrible musique, rien n'a vibré en moi, rien. Je sentais le froid tombant de la nef glace mes épaules. Je suis allé réveillonner à la villa. Mercredi 25 décembre 1918Journée fraîche et enfin avec un peu de soleil. Je suis très fatigué par le réveillon d'hier au soir. Comme je voulais aller me promener à bicyclette sur la route d'Aussonne, une pluie diluvienne s'est mise à tomber et je suis resté. Étienne est arrivé en nous annonçant que Xaintrailles avait été complètement détruit par un incendie. Que de chers souvenirs pour les Baudens, naissances, mariages qui disparaissent dans ces ruines. Jeudi 26 décembre 1918Journée froide et assez belle. Le temps paraît avoir changé, heureusement. Les journaux sont assez chaotiques. Le défilé des rois est terminé et, vraiment, de loin, ça ne paraît plus grand chose. On ne comprend rien à ce qui se passe en Allemagne. Tantôt, les Spartakistes ont le dessus, tantôt c'est le gouvernement d'Ebert. Il est évident qu'il y a une importante réaction révolutionnaire. Que va-t-il sortir de tout cela, mystère. J'ai été me promener sur la route d'Aussonne par une belle soirée froide. La route était ferme et les coteaux de Capdeville étaient bleus. J'ai été au 8 assister à une stupide séance d'arbre de noël que présidait l'ineffable général Konne. Je suis resté fort peu de temps. Vendredi 27 décembre 1918Journée magnifique. Dans la grande rue qui va du nouveau pont à la gare, un soleil admirable luisait. Samedi 28 décembre 1918L'hôpital est triste comme les maisons qui se vident, comme les choses qui vont finir. Elles sont toutes tristes les choses qui finissent, même les plus laides, les plus plates, les plus tristes, car ce n'est pas les choses que nous regrettons, mais bien nous-mêmes que nous regrettons au travers des choses. Ce soir, au 8, séance récréative (?) oh, bien peu ! Les pauvres poilus chantent et disent déplorablement. Jane Konne et Mme Daïsse ont chanté un duo du Roi d'Ys admirablement. C'était justement le morceau que donne le phonographe ! Oh, ce sanglot d'amour dans une nuit de mai ! Dimanche 29 décembre 1918Il a plu tout le jour. Rien, rien absolument que de triste, de morne, sans aucune lueur, pas même cet espoir, ce pauvre petit espoir "qui luit comme un brin de paille dans l'étable". Journal Henri Pouvillon |
tout le Journal d'Henri Pouvillon du 1er novembre au 31 décembre 1918