Lundi 9 décembre 1918Encore même temps bas, infiniment triste et calme. Ce matin a paru la circulaire démobilisant la classe 911, tant mieux, j'en ai assez. Je ne parle plus de l'hôpital qui ne m'intéresse plus. Mardi 10 décembre 1918Journée molle et pluvieuse. Rien. Tristesse morne. Ce soir, Dambrin est venu enfin faire trois opérations dont les deux dernières à l'acétylène. Mercredi 11 décembre 1918Toujours même temps mou et laid et triste. Je suis allé déjeuner à Capdeville. Il pleuvait et faisait noir pendant que je lisais. La flamme du foyer éclairait la pièce charmante. J'ai éteint la lampe un instant et j'ai eu avec les ombres qui passaient silencieuses sur le mur éclairé par le reflet des flammes. Jeudi 12 décembre 1918Je suis reparti pour Montauban par une pluie drue, fine et une boue infecte. Vendredi 13 décembre 1918Toujours même temps, mais moins de pluie. Ce matin au 8, Dambrin est venu pour opérer le malheureux sous-officier qui fait un abcès du cerveau et un pauvre malheureux qui a le tétanos. Les pauvres diables sont voués à une mort prochaine. Un décret de démobilisation a paru ce matin. Pierre2 sera là vers la fin du mois ou au commencement de janvier. Samedi 14 décembre 1918Toujours même temps pluvieux, bas, sombre et triste. Dimanche 15 décembre 1918Toujours pareil, c'est désespérant. Wilson a été reçu avec un enthousiasme délirant par les Parisiens. Je pense que ces derniers temps à Paris, on a fait une si grande dépense d'enthousiasme, qu'après ces fêtes impressionnantes, tout le monde sera fatigué d'admirer, de s'étonner, de s'émouvoir et que le vieille sacrée ironie de la vie reprendra ses droits imprescriptibles. Cette époque d'âge d'or n'a qu'un temps hélas et l'on continuera comme par le passé à s’entre-déchirer, à se détester, à s'envier, à se haïr. Mais ce répit dans l'exercice de l'intérêt a été une bien belle chose que nous n'aurons connue, hélas, que par les journaux. 1La sienne 2Son frère cadet, classe 94 |
tout le Journal d'Henri Pouvillon du 1er novembre au 31 décembre 1918